Le think-tank Décider ensemble et la société wpd onshore France publient un guide de réflexion pour mieux comprendre comment la participation citoyenne agit dans les territoires ruraux.

Alors que la défiance envers les institutions gagne du terrain, y compris à l’échelle municipale et que l’abstention progresse, partout les élu·es ruraux se retrouvent en première ligne pour impliquer les citoyen·nes dans les projets locaux, parfois conflictuels, sans toujours disposer des moyens humains et financiers adaptés.
Alors que 88 % des communes françaises sont rurales, les outils participatifs se sont d’abord développés dans des contextes urbains, et peu dans les territoires ruraux.
Pour répondre à cet enjeu, une dizaine de personnes, chercheuses, expert·es, praticien·nes ont travaillé collectivement à un guide de réflexion à destination des élu·es locaux et des praticien·nes de la concertation, désormais disponible.

Son ambition : fournir des clés concrètes pour mieux comprendre les mécanismes de la participation citoyenne dans lles territoires ruraux et en favoriser le développement, en tenant compte des spécificités de ces territoires. Alimentation, patrimoine communal, habitat, eau, infrastructures, transition écologique, énergies renouvelables… autant de sujets concrets qui concernent directement le quotidien des communes rurales et qui gagnent à être débattus et construits collectivement.

Des communes rurales confrontées à un éloignement des politiques publiques : les dernières municipales en témoignent

Longtemps épargnée, la relation de confiance entre les maires et leurs administrés s’érode. Les dernières élections municipales ont confirmé cette évolution, avec une baisse significative de la participation, particulièrement marquée dans les communes rurales (-11 points dans les communes de moins de 1 000 habitant·es entre 2014 et 2026).Ce recul de la participation électorale n’est pas anodin : il reflète un éloignement progressif des habitant·es vis-à-vis de la poli0que locale et de ses institutions.

Souvent pensées depuis un prisme urbain, les politiques publiques ont creusé un décalage entre orientations nationales et réalités locales, donnant le sentiment d’une action déconnectée des besoins de la ruralité et fragilisant les liens entre les échelles territoriales. Cette distance ressentie peut alimenter un sentiment d’abandon ou de manque de considération de la part des pouvoirs publics, et ainsi une perte de confiance durable. Dans le même temps, les attentes citoyennes évoluent, notamment sur des sujets sensibles comme la transi0on écologique ou les services publics locaux.

 

La participation, un outil de réponse pour les maires ruraux confrontés à une équation complexe

Face à ce constat, la participation peut être un outil pour les maires, et en particulier les maires ruraux. Historiquement expérimentées dans les villes, où les moyens humains et financiers sont plus importants, les pratiques participatives conservent aujourd’hui un prisme largement urbain et requièrent d’être adaptées. De nombreux élu·es ruraux expriment un sen0ment d’isolement et un manque de solutions adaptées à leur réalité. Pourtant, ce sont 30 700 édiles qui sont maires ruraux en France, demandeurs de solutions concrètes adaptées à leurs territoires, qui rassemble 33 % de la population française.
La ruralité n’est pas en reste et ces dernières années plusieurs communes rurales se sont montrées par0culièrement innovantes et ont été de véritable laboratoire d’idées pour une participation en milieu rural.
C’est de ce constat que sont partis le groupe d’experts rassemblés par le think tank Décider ensemble et l’entreprise wpd. Ce guide propose une approche pragmatique, nourrie d’outils opérationnels et de retours d’expérience. Il accompagne les acteurs locaux dans la mise en place de démarches participatives adaptées, en tenant compte de contraintes spécifiques comme la proximité sociale, la diversité des profils d’habitant·es …

« Dans de nombreux territoires ruraux, la participation citoyenne n’est pas évidente à mettre en œuvre parce qu’elle nécessite de l’énergie et beaucoup de travail pour convaincre de ses bienfaits notamment au sein de son équipe municipale. Mais ce que l’on remarque surtout aujourd’hui c’est que les territoires ruraux sont des territoires inventifs, innovants, créatifs qui réalisent souvent des choses bien plus magiques que des grandes villes avec bien moins de moyens ! » Décider ensemble.

Souvent démunis face à des enjeux de plus en plus complexes. Le guide met en avant plusieurs solutions concrètes pour permettre une meilleure participation et intérêt des habitant·es, fondée sur deux convictions fortes :
– Les contraintes des territoires ruraux (moyens humains et financiers limités, peu d’ingénierie disponible, disparition des relais locaux, distances à parcourir, etc.) nécessitent des formats spécifiques.
Ces mêmes territoires disposent d’atouts uniques, dont une relatioon directe entre élu·es et habitant·es.
À partir de retours d’expérience concrets, le guide met en avant des dispositifs accessibles et adaptés :

Le plus petit nombre d’habitant·es rend plus simple la mise en place de dispositifs « d’aller vers» comme le porte-à-porte, les stands sur les marchés, fêtes locales, disposi0fs mobiles….
L’importance de mobiliser le tissu associatif local et citoyen, en associant les collectifs d’agriculteur·rices, les associations culturelles, de jeunesses, sportives, environnementales etc.
– Des formats plus participatifs pour favoriser les projets partagés comme une assemblée citoyenne locale, un comité de pilotage plus participatif, des formats d’ateliers plus privilégiés, une conférence-débat…
– Des dispositifs de gouvernance partagée et des démarches de participation citoyenne cogérées entre élu·es et habitant·es mettent en place une délégation du pouvoir aux habitant·es pouvant, à terme, alléger la charge des élu·es.
– Différents formats permettent aux habitant·es de transmettre aux élu·es leurs difficultés, besoins, revendica0ons à l’écrit, comme les cahiers de doléances.
– La mise en place de dispositifs participatifs en formats « sous-groupes » encouragent l’expression libre des habitant·es et favorise l’échange pour une meilleure circulation de la parole et une meilleure écoute.
– Des dispositifs simples peuvent être mis en place pour favoriser la venue des personnes habituellement éloignées (tant d’un point de vue matériel, qu’économique ou culturel) de ces dispositifs de participation : mobilité partagée, bus dédié, taxi : varier les lieux de rencontre est indispensable pour toucher un maximum de personnes.

Des communes rurales déjà pionnières

A Ménil-la-Horgne (180 habitant·es), dans la Meuse, une assemblée citoyenne La commune de Ménil-la-Horgne s’appuie depuis 2020 sur une Assemblée citoyenne ouverte à ses 180 habitant·es, pour concerter l’ensemble de ses décisions municipales stratégiques. Le conseil municipal met ensuite en œuvre les décisions prises collec0vement. 107 habitant·es
sur les 120 adultes de la commune ont déjà par0cipé une fois à l’assemblée citoyenne. La création de cette instance a permis aux citoyen·nes de se former et de monter en compétences sur certains sujets et de prendre en charge des projets.

– A Verteillac (600 habitant·es), en Dordogne, 11 comités citoyens
Le maire de la commune de Verteillac a choisi de mettre en place 11 comités citoyens, chacun piloté par un élu du conseil municipal. Ces comités citoyens perme9ent de favoriser l’investissement des habitant·es dans les projets et décisions de la commune mais également d’éclairer les élu·es lorsque les citoyens sont compétents sur le domaine étudié.

– A Plessé (2 581 habitant·es), en Loire Atlantique, une concertation autour de la Politique Agricole et Alimentaire Communale pour faire dialoguer habitant·es et agriculteur·rices. La ville a souhaité développer une Poli0que Agricole et Alimentaire Communale, axée à la fois sur les enjeux agricoles et alimentaires en fédérant sa population autour de ces questions. La population a été invitée à se positionner sur ce qu’elle souhaitait manger, acheter et voir dans la restauration collective de la commune. Ce travail qui se fait sur le temps long permet aujourd’hui de rétablir un dialogue entre les habitant·es du territoire et les agriculteurs et créer des liens entre ces protagonistes aux idées parfois opposées. Le dialogue permet de déconstruire les idées reçues des deux par0es.

« En fait, lorsque l’on devient élu, souvent, on oublie ce que c’est qu’être habitant·es de la commune, on s’éloigne de la vie quo3dienne. Alors, redonner la parole à celles et ceux qui habitent le territoire, cela nous parait indispensable pour défendre réellement ce que souhaitent les citoyen·nes. En tant qu’élue ce n’est pas toujours évident de convaincre son
équipe municipale, mais lorsque l’on voit toutes les belles choses que l’on arrive à me:re en oeuvre grâce à la fabrique saillysienne, cela donne envie de se ba:re pour me:re la par3cipa3on citoyenne au coeur du mandat municipal. » Martha Bozek (propos recueillis lors de notre déplacement à Sailly-lez-Lannois, le 9 février 2026).

– « Dans les territoires ruraux, les élus sont juste des citoyens un peu plus engagés que les autres. Mais ils ont besoin d’être soutenu, de pouvoir échanger les uns avec les autres pour s’entraider, s’aiguillier et ne pas par3r sans boussole tous azimuts ce qui est souvent compliqué dans les démarches de participation citoyenne. » Aurélie Mezière, Plessé (propos recueillis lors des entretiens préalables au GT)

La transition écologique : un enjeu clé pour les territoires ruraux – la participation comme levier clé

Le guide remet notamment en avant la thématique de la transition écologique, un sujet incontournable pour les territoires ruraux. Elle est devenue aujourd’hui un levier majeur de développement local et de construction de projets de territoire. Les projets liés à la transi0on écologique peuvent aussi être un sujet de tension. La par0cipa0on citoyenne est un véritable ou0l pour informer, débattre, échanger face à ces potentielles tensions et construire collectivement la nécessaire évolution.

 

« Derrière un projet éolien, ce sont souvent des enjeux plus larges qui s’expriment. Les habitants souhaitent être pleinement acteurs de la transition écologique, parce qu’elle touche directement à leur quotidien. L’expérience montre que sans concertation, les projets sont fragiles, alors que le dialogue les fait gagner en qualité. La participation ne doit pas être hors-sol mais au plus près des habitants, sur le terrain : avec des porte-à-porte, des rencontres directes et informelles, des stands, des présences sur les marchés… » explique Lola Bluwol, directrice communication de wpd onshore France.

 

Parmi les solutions soulignées par le guide :
• Utiliser la participation citoyenne pour arbitrer les projets de transi0on écologiques ;
• Impliquer davantage les riverains pour éviter les conflits.
Sur ces thématiques, il semble aussi essentiel que territoires ruraux et urbains puissent s’associer afin de reconstruire des liens et des solidarités.

Un guide issu des expériences terrain d’experts
Le groupe de travail est né à la suite d’un atelier tenu par wpd onshore France lors des Rencontres européennes de la participation 2024 organisées à Toulouse par Décider ensemble. L’intérêt rencontré auprès des par0cipants a poussé Décider ensemble et wpd à s’associer pour approfondir le sujet sur un temps plus long.
Le groupe de travail « Participation citoyenne & Territoires ruraux » a été lancé fin 2025, avec pour objectif d’aborder les défis et solutions de la participation citoyenne dans ces territoires avec des acteur·ices concerné·es.
Les membres du groupe de travail ont été choisis pour élaborer un panel diversifié, tant par leur métier que par leur positionnement géographique. Praticiens de la participation et élu·es de territoires ruraux, tous ont déjà porté des projets concrets de par0cipa0on en territoires ruraux. Cinq sessions du groupe de travail ont été organisées sur un an afin de partager les expériences et approfondir collectivement les problématiques associées. Ce guide est l’aboutissement de ces réflexions partagées.
Membres composant le groupe de travail : ANACEJ, ANDRA, ANPP – Territoires de projet, Ifrée, Citoyens et Territoires Grand-Est, Communauté de commune Bruyères Vallons des Vosges, Conseil départemental de Haute-Garonne, EDF, PETR de l’Ariège, ville de Plessé, ville de Podensac, wpd onshore France et Décider ensemble.